Au commencement, était le monde,
il n'y avait pas de blanc, il n'y avait pas de noir,
juste quatre esprits aux quatre coins du monde
et le monde était complet sans blanc ni noir.
Il aurait pu continuer ainsi, il était plein,
il y avait tout
y compris les quatre esprits.
Ils n'étaient ni hommes, ni femmes,
ils n'étaient ni blancs, ni noirs.
Ils se réunissaient à la lune pleine, lorsque les chants
des montagnes se jetaient dans les arbres,
lorsque les feux des volcans irradiaient
les quatre versants de la terre.
Ils se jouaient des tours,
c'était à qui était le plus malin.
L'un avalait la lune, l'autre le soleil,
l'un engloutissait les mers, l'autre les forêts.
Ils se jouaient des tours et c'était très bien ainsi.
Il se passa un évènement,
et l'ordre du monde en fut perturbé.
Un jour, un des esprits bouda la réunion.
Il n'étala pas ses charmes,
il refusa de jouer, ou de faire des tours de passe-passe
qui allégeaient la vie des esprits,
et rendit triste la fête.
Les autres esprits le questionnèrent:
-Pourquoi ne veux-tu pas nous montrer ta magie?
Et il répondit:
-Mes talents sont à moi, je n'ai pas à les partager.
Les autres esprits conclurent que ces réunions n'avaient plus d'intérêt,
si chacun allait vers soi, rien que vers soi.
Ils se séparèrent et ne se revirent plus.
Ils s'ennuyèrent.
Chacun meubla ses jours comme il put.
Ils fabriquèrent des hommes et des femmes.
Ils firent autant d'âmes qu'il y avait d'hommes sur la terre.
Ils s'ennuyèrent encore.
Ils peignirent les humains sans se consulter.
Il y eut des Noirs
Il y eut des Blancs
Il y eut des Jaunes
Il y eut des Rouges.
Certains aux yeux bleus, d'autres bridés.
Certains aux cheveux lisses, d'autres bouclés ou crépus.
De l'ennui naquirent des races.
De l'égoïsme naîtront les guerres.
[Les arbres en parlent encore- Calixthe Beyala]